Frank Nataf

Président
FEDESAP et Réseau Auxi’Life

Dans le cadre de la prise en charge d’une personne dépendante ou souffrant d’un handicap, en quoi consiste la mission d’un SAAD ?

 

Un SAAD intervient auprès de bénéficiaires de tous âges. Il peut travailler avec des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap, ainsi qu’avec des personnes âgées ayant différents niveaux de perte d’autonomie (GIR 5/6 ou GIR 1 à 4). Il peut s’occuper de personnes ayant une perte d’autonomie légère, mais qui sont éligibles aux aides des CARSAT et des caisses de retraite complémentaires, ainsi que de l’APA qui est versée par le Département pour financer l’aide à domicile des personnes dépendantes.

 

Lorsqu’une personne éprouve le besoin de se faire assister par un SAAD, comment vous identifie-t-elle ?

La moitié des personnes viennent directement, soit par le biais d’agences physiques, soit par Internet, soit par le bouche-à-oreille. L’autre moitié provient de professionnels du médico-social, tels que des travailleurs sociaux, qui ont entendu parler de nous et qui redirigent les gens vers différentes structures, afin de leur garantir leur liberté de choix.

Ils rencontrent notre responsable de secteur ou notre coordinateur interne. Ensuite, avant de démarrer une intervention, le ou les intervenants seront présentés à l’aidant. Parfois, cela se fait même avant le choix. Il arrive régulièrement que les gens demandent à « voir avant d’acheter ».

 

Qui sont les parties prenantes du domicile avec qui vous avez besoin de vous coordonner ?

Ce sont les aidants et les professionnels de santé qui sont impliqués dans cette situation. Parmi ces professionnels, on retrouve le médecin traitant, peut-être un infirmier, un kinésithérapeute, un orthophoniste, un psychologue, ainsi que d’autres professionnels de la santé ou du secteur médico-social. Par exemple, également, un service d’hospitalisation à domicile, ou un SSIAD (Service de Soins Infirmiers à Domicile). Il peut également y avoir une équipe spécialisée Alzheimer appelée ESA. Il est intéressant de pouvoir échanger avec tous ces intervenants, avec le consentement éclairé de la personne ou de son aidant, afin de rendre nos interventions plus complémentaires et éviter d’agir de manière isolée. Ensuite, il y a bien sûr l’aide informelle apportée par le conjoint, les enfants, les neveux ou les voisins.

Chez Auxi’life, nous avons également trois niveaux d’interlocuteurs. D’un côté, il y a le personnel administratif de l’agence, les responsables du secteur et le directeur d’agence qui suivent les interventions au quotidien. De l’autre côté, il y a les coordinateurs ou Care Managers qui viennent en appui des agences et surtout des aidants en les soulageant de la gestion administrative et à s’y retrouver dans le maelström administratif. Enfin, il y a les auxiliaires de vie qui ont besoin de transmissions quotidiennes pour assurer leur travail. C est ce travail commun sur 3 étages qui permet de délivrer une intervention qualitative.

 

Ce travail de coordination doit-il être réalisé – en partant de zéro – pour chaque nouvelle situation ?

 

De manière générale, oui car chaque situation est individuelle et le système très complexe. Les Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (SAAD) de grande taille, qui ont une longue histoire et une bonne connaissance du département, connaissent tous les interlocuteurs au niveau départemental. En revanche, ce n’est pas du tout le cas pour les SAAD plus petits ou les structures plus récentes qui n’ont pas encore eu le temps de se faire connaître ou qui sont moins visibles que les autres.

Qu’est-ce qu’une coordination par l’Agence Autonomy pourrait vous apporter ?

Cela allégerait le travail de coordination aujourd’hui. En outre, cela rééquilibrerait les situations de chaque SAAD. En effet, la coordination n’étant pas financée, les SAAD doivent la gérer sur leurs fonds propres, ce qui explique – entre autres – pourquoi cette prestation est hétérogène selon les situations.

Cependant, il y a aussi un autre point à aborder.

En tant que SAAD, il est important pour moi d’avoir non seulement la capacité d’intervenir, mais aussi de remonter des informations et d’alerter sur des situations préoccupantes. Il est également essentiel de s’assurer raisonnablement que l’alerte a été entendue par la personne que l’on cherche à alerter.

En outre, nous devons prendre en compte la réalité des tensions en termes de recrutement et d’absentéisme. Les équipes administratives des SAAD sont très occupées par la gestion des plannings. Si nous pouvions alléger cette charge grâce à un dispositif départemental, cela serait extrêmement bénéfique. Cela permettrait de gagner un temps précieux dans l’étude des dossiers. Cela montre également que le département a une bonne connaissance du fonctionnement.

“Mon Espace Autonomie” pourrait donc devenir un élément essentiel de votre travail dans le 78 et le 92 ?

C’est certain que ce dispositif expérimental est très innovant, à ma connaissance, il n’existe nulle part ailleurs. C’est effectivement un excellent moyen de faire gagner du temps à nos équipes de terrain. C’est d’autant plus profitable si le Conseiller Autonomie de l’Agence Autonomy peut dialoguer avec un pair au sein du SAAD partenaire, une organisation que nous cherchons justement à mettre en oeuvre chez Auxi’life.

Quel est l’intérêt d’une telle organisation ?

Lorsque nous avons à la fois un gestionnaire de soins interne et un gestionnaire de soins départemental, cela signifie qu’ils ne font pas la même chose : ils sont là pour communiquer entre eux, coordonner et se tenir informés de ce que chacun fait. Ils sont sur un même niveau, car le gestionnaire de soins du SAAD ne doit pas devenir le sous-traitant du département. Nous sommes bien en partenariat avec le département, sans qu’il y ait de lien hiérarchique ou de tutelle entre les deux. Cependant, l’idée est bien de travailler conjointement. Ce qu’il faut, c’est réussir à bien définir les missions de chacun, le périmètre de chacun, afin d’éviter les problématiques liées à des glissements de taches.

Vous nous avez présenté les avantages du dispositif pour votre réseau de SAAD, mais vous souhaitez aussi mobiliser votre fédération, la FEDESAP, dans ce projet. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

En tant que FEDESAP, nous engageons l’ensemble de nos adhérents implantés sur les territoires des Hauts de Seine et des Yvelines à participer au dispositif. Expérimenter des outils de ce type dans ces conditions est unique en France. Chacun et chacune doit en prendre conscience et s’investir à fond.

Nous considérons cela comme essentiel car cela ne peut qu’améliorer la qualité du service rendu à l’utilisateur. De plus, cela démontre la volonté de ces deux Départements d’offrir une main tendue aux SAAD de tout statut pour tester cette innovation. C’est suffisamment rare pour être noté.

Enfin les différentes commissions de la fédération concernées par le sujet : autonomie, soin et care management seront, j en suis certain, très intéressées par cet essai.

Comment l’Agence Autonomie pourrait-elle être facilitatrice pour inciter plus de SAAD à s’investir dans ce service innovant ?

Comme souvent, il faut faire acte de pédagogie et choisir des illustrations parlantes et universelles. C’est en touchant les gens qu’on les amène à s’investir au quotidien.

Interview recueillie par Alexandre FAURE

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